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Entretien avec Saïd Bekka, Endocrinologue/Diabétologue au Centre Hospitalier de Chartres

Au milieu des années 90, comment ont commencé à naître ces idées, un peu folles, d’exploits extrêmes avec des patients diabétiques ?

L’équipe du Marathon de New-York s’est constituée avec des personnes qui se sentaient totalement désinvesties et qui considéraient que la vie avec un diabète était compliquée. Il s’agissait alors pour eux de reprendre la main et de constater que rien n’est inaccessible, dès lors que l’on s’en donne les moyens. Et forcément, au terme de cette aventure, chacun est revenu différent, avec une confiance en soi accrue et un sentiment de contrôle sur la maladie.

D’un exploit à l’autre, est-ce que l’on retrouve certains participants ou s’agit-il toujours de nouvelles équipes ?

Il y a toujours eu un noyau dur de gens qui faisaient le lien avec les derniers arrivants. Leur présence est précieuse car ce sont eux qui témoignent de leur expérience et du fait que c’est possible. Ils comprennent les souffrances des nouveaux participants, qui se sentent souvent handicapés par leur diabète, et ils sont la preuve vivante que l’on peut dépasser cela.

Est-ce que toutes ces personnes étaient déjà sportives avant de relever ces défis ?

Absolument pas, certains sont même partis de zéro. Il a donc fallu procéder à une remise en condition avec des professionnels du sport. Pour chaque exploit, une préparation comparable à celle des sportifs de haut niveau a été mise en place avec des compétitions intermédiaires et une montée progressive.

Est-ce que cela signifie que chacun peut devenir sportif s’il le souhaite ?

Bien sûr. Qui peut le plus, peut le moins ! Si des personnes sédentaires ont réussi à relever ces défis extrêmes, cela signifie que chacun peut se fixer des objectifs atteignables et se faire plaisir avec un sport adapté. L’activité physique est un « état de vie » qui peut permettre à chacun de se sentir bien.

Comment devient-on sportif ?

Il faut déjà en ressentir le besoin. Puis les choses se font en 3 étapes :

  • Savoir pourquoi on le fait. L’activité physique permet de contrôler son poids, de prévenir l’arthrose, d’équilibrer sa glycémie, de diminuer les risques de cancer, de rétablir l’équilibre lipidique…
  • Vouloir, c’est-à-dire trouver les motivations pour le faire.
  • Pouvoir et bénéficier, par exemple, d’un accompagnement pour découvrir quelle activité est adaptée à son cas.

En quoi la pratique d’une activité physique permet-elle de mieux se connaître ?

Le sport permet de repousser ses limites donc de les découvrir. Ce que l’on pensait inatteignable le devient soudain, à condition de s’y préparer. La notion de progression est importante, chaque kilomètre supplémentaire d’une course est une victoire. C’est une véritable bouffée d’oxygène, un puissant parfum d’optimisme pour tous les patients diabétiques qui avaient le sentiment de subir leur maladie.

La pratique d’un sport a-t-elle un impact sur l’estime personnelle ?

Bien sûr, on se découvre des ressources que l’on ne soupçonnait pas. Tous les patients diabétiques ayant participé à des exploits sportifs en parlent avec des étoiles dans les yeux. « Grâce à leur diabète », ils se sont retrouvés dans la même quête que d’autres, sur des sites exceptionnels. Ils sont comme « touchés par la grâce » et toujours prêts à y retourner.

Ce serait donc une idée reçue de penser qu’on ne peut pas être diabétique ET sportif ?

Bien sûr, il faut tordre le coup à ces idées qui datent des années 40-50, c’est une époque où l’on ne connaissait pas encore bien le diabète. Les 3 pôles de la maîtrise de son diabète sont le traitement, l’alimentation et l’activité physique. On peut même parler de sport thérapie, au même titre que les traitements.

Avez-vous de nouveaux défis en préparation pour l’année qui commence ?

Oui, je constitue actuellement une équipe avec quelques projets sympas en perspective, mais ça reste une surprise pour le moment. Il s’agit de patients qui ont du mal à gérer leur diabète et on va leur montrer que, quand on est mieux équilibré et que l’on fait attention à soi, alors on a une vie plus autonome et plus épanouie.

À chacun ensuite de faire sienne la devise « Croire et oser » !

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Date de mise à jour : 14/11/2017

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